Boris Diaw : vous avez dit dilettante ‘

by Julien | Posted on lundi, janvier 28th, 2008

Un potentiel indéniable

Diaw est arrivé timidement en NBA. Drafté en 21ème position du Draft 2003 par les Atlanta Hawks, le jeune français ne bénéficie pas de la confiance de ses entraîneurs successifs qui lui reprochent sa nonchalance et son manque de confiance en attaque. Il faut dire que Diaw ne cadre pas vraiment avec les jeunes loups qui débarquent en NBA. Européen dans le style et dans la tête, à l’inverse de son ami Tony Parker, Boris se voit plus comme un créateur que comme un shooteur. Il ne prendra donc jamais 20 shoots pour prendre 20 shoots. Non ! Boris joue pour les autres plutôt que de se mettre en avant. Une intention louable mais qui rapporte rarement de bons échos aux Etats-Unis surtout quand on vient du vieux continent. Peu à peu Boris s’enfonce dans l’anonymat d’Atlanta et on devine déjà une fin de carrière prématurée aux USA pour l’ancien Palois.

Puis la lumière vient sans trop prévenir lors de l’été 2005 : Boris est échangé à Phoenix contre Joe Johnson qui désire rejoindre Atlanta pour devenir le leader du club. Mike D’antoni, alors manager de Phoenix, se voit traiter de tous les noms par les puristes NBA qui perçoivent dans cet échange et en Boris le plus gros bide de la saison 2005. Joe Johnson tourne alors à 17.1 points par match et Boris Diaw émerge tant bien que mal à 5 points. Associé à D’antoni, Diaw va pourtant connaître la meilleure saison de toute sa carrière et devenir, à la surprise générale, une des plaques tournantes du dispositif des Suns. 13.5 points à 52% d’adresse, 6.90 rebonds et 6 passes décisives par match après 76 rencontres. Ajoutez-y quelques petites performances assez incroyables à l’époque et le tour est joué. Le 26 décembre 2005 lors d’une rencontre contre les Timberwolves du Minnesota il marque 31 points (11 sur 16 à deux points et 9 sur 9 aux lancers francs). Le 31 janvier 2006 face aux Philadelphia Sixers, il marque 14 points, enregistre 13 passes décisives et 11 rebonds, devenant ainsi le premier français de l’histoire à réaliser un triple double. Il en réalisera quatre supplémentaires au cours de cette même saison. En recevant le trophée de NBA Most Improved Player (joueur ayant le plus progressé), Boris désormais appelé 3D, rentre dans le gotha NBA.

Le 25 mai 2006, il prend une nouvelle envergure en réalisant son meilleur total de points en NBA en inscrivant 34 points lors du premier match de la finale de la conférence Ouest contre les Dallas Mavericks. Encore plus incroyable, c’est lui qui va donner la victoire à son équipe grâce à un panier à 2 points à une seconde de la fin du match sur la tronche de Dirk Nowitzki… excusé du peu ! Avant le match 5 de cette même finale de conférence, il est même le meilleur marqueur de la série (devant le double MVP Steve Nash et Shawn Marion, aussi prétendant au titre de MVP 2006) avec 24,8 points de moyenne à un peu plus de 50 % de réussite. Son poste de pivot par défaut (il ne mesure que 2 m 03) a finalement été une aubaine pour les Suns…On en oublie presque Amare Stoudemire, sa blessure aura certainement fait le bonheur de notre français complètement transformé.

Retour à la case départ

Avec le retour de Stoudemire, Boris va naturellement retrouver l’ombre mais D’Antoni compte bien sur lui et espère former avec les deux hommes une raquette complète : un marqueur et un créateur. L’alchimie n’est pourtant pas au rendez-vous et Diaw peine à trouver sa place aux côtés du pivot. Ses statistiques sont en nette baisse : 8.6 points par match, 4 passes et 5.1 rebonds. Le coach des Suns déplore le manque de hargne de celui qui fut autrefois son poulain. Plutôt que d’être la seconde lame il devient le second couteau qui rentre pour faire souffler les titulaires. Avec 31 minutes en moyenne par match Diaw aura pourtant largement bénéficié de la confiance de son mentor.

Cette saison n’est que la confirmation de ce qu’avaient laissé entrevoir sa dernière campagne NBA et son championnat d’Europe avec l’équipe de France. Comment un joueur au tel potentiel peut-il retomber dans un tel anonymat ‘ Boris est un joueur intelligent. Trop pour ne pas comprendre qu’il creuse actuellement sa propre tombe au sein des Suns.

Ses fervents supporters plaident pour le manque de confiance et la modestie. Vrai. Diaw n’aime pas être en avant et préfère de loin créer pour les autres. L’ancien champion de France est un régal pour ses partenaires et il ne doit son temps de jeu actuel qu’à sa capacité à faire jouer les autres. Jamais le joueur ne tire la couverture à lui, Boris ne hausse jamais la voix, il lève tout le temps la tête avant de prendre une décision sur le terrain… un bonheur à coacher ‘ Pas si sûr, car si ses capacités à jouer pour les stars lui sont unanimement reconnues, beaucoup aimeraient le voir prendre le jeu à son compte. Peur de mal faire ou dilettantisme, personne ne sait vraiment mais aujourd’hui le joueur n’a plus le droit à l’erreur car il est, depuis son titre de MIP, un des joueurs les mieux payés de Suns. De tels honneurs nécessitent des résultats sur le terrain et jours après jours Diaw donne raison à ses détracteurs de l’époque post-Suns plutôt qu’à son entraîneur qui ne fera pas de sentiments si le joueur s’entête dans sa stratégie du « pour vivre heureux vivons cachés ».

Boris Diaw est capable ! La preuve par trois : 12 janvier 2008, Grant Hill sur le flanc, D’antoni appelle le français dans le 5 majeur. Résultat : 37 minutes, 21 points, 11 rebonds et 4 passes pour un 10/15 des plus correctes. Et de 1 ! 17 janvier : 42 minutes, 19 points, 5 passes et 6 rebonds et de nouveau 13 shoots pris pour 9 de rentrés. Et de 2 ! 20 janvier : 37 minutes, 14 points, 10 rebonds et 6 passes, 7/15 aux shoots… qui font 3 ! Génial, se dit-on, sauf qu’après la rencontre du 12, Boris retombe à 7 points et 6 passes pour 8 petits shoots, que le 18 il n’en prendra que 5 en 32 minutes pour 5 points, 5 passes et 2 rebonds. C’est incontestable : Boris Diaw souffre d’une irrégularité déconcertante et sa capacité à sortir du lot lorsqu’il est titulaire ne fait que mettre en évidence son fâcheux défaut à choisir ses rencontres.

Boris a-t-il pris la grosse tête ‘ Peu évident, quand on connaît l’intelligence du joueur. Cependant, on ne peut nier qu’à le voir évoluer sur le terrain, on sent parfois que l’ailier, devenu intérieur malgré lui, n’est pas concerné. Comme s’il jouait par obligation… On reproche beaucoup de choses à Tony Parker mais jamais son investissement sur le terrain. Diaw prend actuellement le chemin inverse : homme modèle, il est désormais associé à l’image d’un joueur dilettante, ce qui devrait à terme lui coûter une place dans l’effectif des Suns.

Quid de son avenir ‘ On ne cessera de le répéter Boris Diaw a les moyens d’être un joueur majeur d’une des meilleures équipes de la Ligue. En a-t-il vraiment envie ‘ Entre une carrière à la Tony Parker ou une à la Jérome Moiso le choix devrait être vite fait dans la tête du joueur. Seulement il ne doit pas laisser le doute s’installer dans la tête de Mike d’Antoni et de Steve Nash qui, si leurs impressions se confirment, n’hésiteront pas à envoyer Boris dans une autre franchise… et, malheureusement pour Diaw, li est rare que la chance frappe deux fois à la porte d’un joueur de basket professionnel.

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